De graves menaces pèsent sur la liberté de penser : tel était l’avertissement visionnaire lancé en 1922 par le grand philosophe britannique Bertrand Russell, témoin privilégié de l’essor des techniques de propagande moderne.
Ce texte court et percutant, d’une actualité saisissante, dresse un diagnostic sans complaisance. La propagande, nouvelle méthode de gouvernement qui s’empare des armes forgées par les publicitaires, ne se contente plus d’interdire les positions dissidentes: elle les étouffe par la pression économique et la distorsion des preuves. Elle offre ainsi un avantage indu, sur le terrain des idées, à ceux qui concentrent pouvoir et richesse.
Comment résister à ces assauts contre la démocratie ? Russell mise sur l’éducation, à réformer d’urgence. L’école devrait ainsi enseigner l’« art de lire les journaux » et développer l’esprit critique. À l’ingurgitation passive d’informations, le philosophe oppose la cultivation de l’intelligence, entendue comme authentique capacité de penser et de juger par soi-même. À la crédulité servile, il oppose le doute rationnel, cette attitude libératrice dont il fait l’éloge. Russell signe ici un véritable manifeste pour la pensée libre – un « anti-Propaganda », antidote avant la lettre à cet art de la manipulation dont Edward Bernays devait, quelques années plus tard, exposer cyniquement les principes.
Bertrand Russell (1872-1970), penseur et logicien britannique, fut l’un des fondateurs de la philosophie analytique. Il fut aussi un intellectuel engagé qui consacra sa vie à défendre la libre-pensée, ses convictions lui valant à deux reprises l’emprisonnement. Il est notamment l’auteur de l’Histoire de la philosophie occidentale (Les Belles Lettres, 2011) et des Essais sceptiques (Les Belles Lettres, 2011).
Normand Baillargeon, philosophe québécois, a notamment publié Petit Cours d’autodéfense intellectuelle (Lux, 2006) et présenté Propaganda d’Edward Bernays (Zones, 2007). Chantal Santerre, enseignante québécoise, a traduit et édité plusieurs textes de Bertrand Russell.
Ensemble, ils ont coécrit Bertrand Russell (PUF, « Que sais-je ? », 2025).
Introduction de Normand Baillargeon et Chantal Santerre
Traduit de l’anglais par André Bernard

