Statactivisme

Comment lutter avec des nombres



Les statistiques nous gouvernent. Argument d’autorité au service des managers, elles mettent en nombres le réel et maquillent des choix qui sont, en fait, politiques. Le parti pris de ce livre, qui rassemble les contributions de sociologues, d’artistes et de militants, procède du judo : prolonger le mouvement de l’adversaire afin de détourner sa force et la lui renvoyer en pleine face, faire de la statistique une arme critique. L’histoire de cette forme de contestation dont Luc Boltanski indique qu’elle permet de formuler des « critiques réformistes » passe d’abord par un retour sur la longue controverse sur l’indice des prix en France, présentée par Alain Desrosières.
La deuxième partie du livre s’intéresse à la façon dont on ruse, individuellement et souvent secrètement, avec les règles. L’association Pénombre, composée de statisticiens critiques, y présente une fausse interview du brigadier Yvon Dérouillé, qui explique, face caméra, comment tripatouiller les statistiques de la délinquance. Mais les statistiques peuvent aussi servir à faire exister politiquement, en les rendant visibles, des catégories sociales discriminées. Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires, montre comment Victor Schoelcher, au XIXe siècle, mobilisait déjà des arguments quantitatifs pour la défense des droits des Noirs.
Une dernière stratégie statactiviste consiste à bâtir des indicateurs alternatifs, tels que le « BIP 40 », qui met en rapport les bénéfices dégagés par l’envolée des cours boursiers et le creusement des inégalités sociales.
Ces quatre démarches sont illustrées, avec humour ou sérieux, en texte ou en image, par les contributeurs de cet ouvrage, pour qui « un autre nombre est possible » : ce qu’une logique hégémonique de quantification a instauré, une pratique statactiviste avertie peut chercher à le défaire.

Isabelle Bruno est maître de conférences à l’université Lille-II, chercheuse au Centre d’études et de recherches administratives, politiques et sociales (CERAPS).
Emmanuel Didier est chargé de recherche au CNRS (rattaché au Groupe de sociologie politique et morale/EHESS).
Ils sont les auteurs de Benchmarking, l’État sous pression statistique (Zones, 2013).
Julien Prévieux est artiste, auteur des Lettres de non-motivation (Zones, 2007).

Avec des contributions de Luc Boltanski, Alain Desrosières, Hans Haacke, Howard Becker, Eli B.Silverman, Association Pénombre, Cyprien Tasset, Martin Le Chevallier, Louis-Georges Tin, Ivan du Roy, Damien de Blic, Superflex, Pierre Concialdi, Bernard Sujobert, Florence Jany-Catrice, Theodore M. Porter.

 

 

Version Papier 18 €
Version Numérique 12,99 €
ISBN 9782355220548
ISBN numérique 9782355220784
Parution
Nb de pages 208
Dimensions 140 x 205 mm

Extraits Presse

Parce qu’il n’y a « pas de raison pour que la quantification se trouve toujours du côté de l’État et du capital », et pour « faire de la statistique, instrument du gouvernement des grands nombres, une arme critique », les auteurs ont forgé le terme de « statactivisme », qui possède un sens élargi et un sens restreint.

Joseph Confavreux - Mediapart - 12/04/2014

Quand chercheurs, sociologues ou artistes s’associent pour échanger leur point de vue sur l’utilisation des statistiques, ils font du « statactivisme ». Soit une façon de détourner des données chiffrées pour mieux déjouer quelques contre-vérités.

Clément Ghys - Libération supplément next - 01/05/2014

L’ouvrage parle aux spécialistes comme aux militants. La démarche est illustrée, avec humour ou sérieux, en textes ou en images, par les contributeurs qui se retrouvent sur l’idée qu’« qu’un autre nombre est possible »… Ce qu’une logique hégémonique de quantification a instauré, une pratique statactiviste conséquente peut aboutir à le défaire.

Jean Leistophe Le Duigou - L'Humanité - 26/05/2014

Dans cet ouvrage collectif, chercheurs, artistes et militants montrent les multiples formes que peut prendre cette résistance à la domination par les statistiques, de la contestation des indicateurs existants à la proposition d’outils alternatifs, en passant par l’usage de la dérision afin de montrer l’absurdité de certains fétichismes régnant dans l’administration comme dans l’entreprise.

Igor Martinache - Alternatives Économiques - 01/06/2014

Le pouvoir, c’est le nombre. Ou plutôt « les » nombres, l’ensemble des statistiques, réputées imparables qui légitiment le pouvoir des États néolibéraux. Voici le constat de ce livre collectif, dont les auteurs – chercheurs ou artistes – ne cachent pas les intentions : utiliser cet instrument de domination pour le retourner à l’avantage de ceux qui ont décidé d’user de leur force critique.

Daniel Foetin - Les Échos - 20/06/2014

En s’appuyant sur les textes déjà classiques de Luc Boltanski, Alain Desrosières et Howard Becker qui composent la première partie de l’ouvrage, les auteurs montrent comment il est possible de « lutter avec des nombres » dans les domaines de l’art, des conditions de travail, des inégalités sociales, de la criminalité, des catégorisations sociales, du marché du travail ou encore de la comptabilité des richesses nationales.

C. L. - Sciences Humaines - 01/07/2014

Table des matières

Introduction : pour un statactivisme !, par Isabelle Bruno, Emmanuel Didier, Julien Prévieux, et Cyprien Tasset.
I / Critique radicale ou réformiste, exemples pris au passé
Quelle statistique pour quelle critique ?, par Luc Boltanski
La statistique, outil de libération ou outil de pouvoir ?, par Alain Desrosières
Profils de visiteurs et Comment j’ai rencontré Hans, par Hans Haacke et Howard Becker
II / Opérations. Ruser avec la règle
Le jeu de la police avec les taux de criminalité, par Eli B. Silverman
Esthétique des statistiques. À propos de quelques ateliers artistiques statactivistes, par Julien Prévieux
Du nombre en public, par l’Association Pénombre
III / Sujets. Défendre de nouvelles catégories
Les « intellos précaires » et la classe créative : le recours à la quantification dans deux projets concurrents de regroupement social, par Cyprien Tasset.
Réussir en art grâce aux méthodes du consulting, par Martin Le Chevallier
Qui a peur des statistiques ethniques ?, par Louis-Georges Tin
IV / Finalités. Opposer des indicateurs alternatifs à l’institution
Peut-on quantifier la souffrance au travail ?, par Ivan du Roy
Quantifier contre les chiffres ? Une estimation du coût des expulsions de sans-papiers, par Damien de Blic
Nombre de visiteurs, par Superflex
Le BIP40 : alerte sur la pauvreté !, par Pierre Concialdi
Comment intervenir sur le programme de la statistique publique ? L’exemple des inégalités sociales, par Bernard Sujobert
FAIR, le Forum pour d’autres indicateurs de richesse, par Florence Jany-Catrice
Conclusion : Drôles de nombres, par Theodore M. Porter
Liste des auteurs.

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