Il était une fois sur cent

Rêveries fragmentaires sur l’emprise statistique

Des années durant, l’écrivain Yves Pagès a glané toutes sortes de statistiques, notant dans un carnet des centaines de pourcentages. De ce vertigineux inventaire, il a fait un livre étrange qui, entre jeu littéraire à la Raymond Queneau et réflexions philosophiques à la Theodor Adorno, reconstitue par fragments le tableau d’une société infestée par une vision comptable du monde. Difficile de rompre la glace du monstre statistique, d’échapper à ses ordres de grandeur qui prétendent tout recenser de nos faits et gestes, quantifier nos opinions, mettre en coupe réglée nos vies matérielles. Sous emprise comptable, chacun se sent casé d’office, sondé de bas en haut, pris au piège. Mais alors, comment nous soustraire au grand dénombrement ? Sans prétention d’exhaustivité, l’auteur se propose de passer ces données brutes au tamis de rêveries interprétatives, pour traquer leurs failles implicites ou les confronter à d’autres cas de figure.
À la logique de la quantification de toutes choses, il oppose, par collage, accumulation et divagation, une poétique de l’absurde.
Par-delà cet art du détournement stylistique, il nous livre en pointillé une analyse caustique de la condition des vivants à l’ère de la gouvernance par les nombres, agrémentée de quelques suggestions paradoxales pour passer entre les mailles du filet statistique.

Yves Pagès est écrivain et éditeur. Il anime, avec Jeanne Guyon, les éditions Verticales et a publié une quinzaine de livres, dont Petites Natures mortes au travail (2000), Le Théoriste (2001), Souviens-moi (2014) ou Tiens, ils ont repeint ! 50 ans d’aphorismes urbains de 1968 à nos jours (2017).

 

 

Version Papier 14 €
Version Numérique 9,99 €
ISBN 9782355221705
ISBN numérique 9782355221712
Parution
Nb de pages 128
Dimensions 140 x 205 mm

Actualités

Extraits Presse

Il était une fois sur cent est un essai sous forme de florilège de “rêveries fragmentaires” avec entrées façon dictionnaire. […] Le projet de ce “dictionnaire des idées prévues” étant de déjouer par le truchement de la poésie toutes prévisions, de tracer des lignes de fuite échappant à la logique comptable des calculs. […] L’auteur ne prône pas de vérités alternatives, seulement à ses yeux (entre sagacité de vue et vision créative), l’alternatif fait partie intégrante de la réalité. Il était une fois sur cent est l’éloge du minoritaire, du grain de sable ou de folie qui provoque la sortie de route, à savoir d’autoroute, celle, toute tracée, que voudraient nous vendre les algorithmes.

Sean J. Rose - Livres Hebdo - 01/05/2021

Un essai génial, osons le mot, tant son auteur fait preuve d’humour, de finesse et d’intelligence pour mettre en exergue par l’absurde la vision comptable et a fortiori délétère de notre société capitaliste. Pendant plusieurs années, le co-directeur des éditions Verticales chez Gallimard a noté des centaines de statistiques sur divers sujets […], le tout, initialement, « sans trop savoir qu’en faire ». En ressortent ces 119 pages très inspirées où Yves Pagès propose, dans un style très particulier, une accumulation de chiffres qui, s’ils ne semblent avoir aucun lien entre eux de prime abord, donnent à voir de façon vertigineuse cette « emprise comptable, où chacun se sent casé d’office, sondé de bas en haut, profilé, sinon déchiffré ». […] Au-delà de son ton des plus ironiques (des paragraphes sont tout simplement hilarants), Yves Pagès livre un texte aux forts accents politiques, faisant le choix de s’intéresser « aux presque rien sur cent, ces taches aveugles du panorama collectif », loin du 1% « d’ultra-riches imposables nulle part et s’imposant partout

Amélie Quentel - Les Inrocks - 05/05/2021

L’auteur montre qu’il aime les chiffres et en fait un usage bien plus complice, amusant, et mesuré qu’un n-ième pamphlet quantophobique. Il fait de l’esprit avec les chiffres. […] On se réjouit de voir ranimé le vieil et noble exercice trop peu pratiqué de nos jours consistant à faire de l’esprit – un des avantages de la décontraction quantitative – c’est-à-dire à produire des formes courtes, très méticuleusement écrites, et dont la chute saisit le lecteur parce qu’elle est inattendue, paradoxale, poétique ou amusante.

Emmanuel Didier - AOC - 18/05/2021

Avec Il était une fois sur cent, réjouissant inventaire plus proche de Queneau que de Prévert, on découvre Yves Pagès collectionneur de pourcentages, statistiques et autres sondages, un amoncellement de chiffres à donner le vertige qu’il consigne depuis des années dans des carnets sans trop savoir qu’en faire. Laissant libre cours à son goût pour la subversion rigolarde, les mots-valises et les associations d’idées bancales, l’auteur déploie des « rêveries fragmentaires », disséquant les travers d’une société contemporaine mise en coupe réglée par les algorithmes, les courbes de profit et les panels.

Sophie Joubert - L'Humanité - 20/05/2021

Statistiques, pourcentages et autres ratios nous tombent dessus du matin au soir. Certains chiffres retiennent l’attention un instant, puis nous les oublions. Yves Pagès, lui, les note avec une obsession ludique. Auteur d’une vingtaine de fictions et d’essais délibérément intempestifs, et responsable, avec Jeanne Guyon, des éditions Verticales, l’écrivain joue ici à faire se télescoper les pourcentages insolites ou triviaux qu’il a glanés. Le résultat est une suite de fragments toniques et baroques.

Roger-Pol Droit - Le Monde - 04/06/2021

Derrière le livre de comptes, un conte de faits et un conte de soi, entre les lignes, par digressions et confidences, manière d’injecter du subjectif dans l’offensive quantitative pseudo-objectiviste ; manière de refuser le prémâché et pré-pensé. […] Et l’évidence dans ce livre que l’intérêt (pour penser, écrire, composer) est de chercher dans ce qui est enfoui, qu’on nous cache sous le chiffre majoritaire ou qui est resté stocké dans le pli d’un lobe temporal. Alors émergent des failles, de soudaines coïncidences depuis le « coq à l’âne » revendiqué du texte (de fait structure brillantissime qui refuse les fausses logiques apparentes), les « signaux » et « hasards objectifs » que les surréalistes traquaient dans la ville, sur les murs, que révèle également le chiffonnier urbain Yves Pagès. Dans ce qui s’expose, une vérité plus souterraine, celle qu’énonce ce livre fabuleux (au sens propre), mise en récit de nos « temps zéroïques » auxquels l’écrivain rend une part de magie (du désespoir). Il donne chair à nos inexistences.

Christine Marcandier - Diacritik - 14/06/2021